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Trois cheffes des Restos du Cœur à l’honneur

Octobre 2025

À l’occasion de la Journée internationale des cuisiniers, le 20 octobre, les Restos du Cœur de Belgique mettent à l’honneur celles et ceux qui, chaque jour, cuisinent avec passion et solidarité. Leur mission dépasse largement l’assiette : il s’agit d’apaiser la faim, mais aussi de recréer du lien, de transmettre et de redonner de la dignité.

Trois cheffes témoignent : Isabelle à Mariembourg, Sophie à Namur et Annabel à Charleroi. Trois parcours différents, une passion commune : cuisiner pour aider.

Isabelle : « Merci, c’était très bon Isa ! »

Ancienne cheffe gastronomique, Isabelle a quitté son restaurant de Baileux pour mettre son savoir-faire au service du Resto du Cœur de Mariembourg. « Je voulais que même une soupe – qui n’était pas forcément la star de ma carte à l’époque – puisse devenir un plat réconfortant, cuisiné avec soin ».

Avec ses co-cheffes et une équipe de bénévoles, elle prépare environ 70 repas par jour. Ce qui lui donne le plus d’énergie ? Un simple mot : « Il suffit qu’un convive me dise : “Merci, c’était très bon Isa !” pour que ma journée prenne tout son sens ».

Mais elle reste lucide : « L’avenir m’inquiète. On voit la demande augmenter, les dons diminuer, et les coûts exploser (énergie, denrées…). Mais je garde espoir grâce à mon équipe ».

Sophie : « Le repas est une porte d’entrée »

Au Resto du Cœur de Namur, Sophie est responsable du service Horeca depuis 1989. Son quotidien est fait de coordination, d’imprévus et d’une organisation bien huilée. « Il m’arrive de préparer un menu “à l’aveugle”, sans savoir si j’aurai tous les ingrédients. Alors on anticipe, on s’adapte, on modifie. C’est une vraie école de la flexibilité ».

Mais au-delà de l’assiette, elle rappelle l’essentiel : « Le repas est une porte d’entrée. Une excuse pour aider les gens autrement : service social, aides diverses, écoute, réinsertion… ».

Elle partage aussi son inquiétude : « Avec les réformes et la baisse des subsides, on se demande comment on va faire. On voit déjà une augmentation des usagers. Et ce n’est que le début ».

Souvenirs qui marquent

Toutes trois gardent en mémoire des moments inoubliables.

  • Pour Isabelle, une journée de rires autour d’un couscous préparé en djellaba par toute l’équipe;
  • Pour Sophie, la joie de voir des bénéficiaires se retrouver, parfois même former des couples;
  • Pour Annabel, l’émotion d’un petit garçon qui lui a offert un dessin pour son anniversaire, ou encore la visite du Roi et de la Reine venus à sa rencontre.

Ces instants rappellent que les Restos du Cœur ne sont pas seulement des lieux de distribution alimentaire, mais aussi des espaces de rencontres et d’humanité partagée.

Annabel : « C’est offrir une bouffée d’humanité »

À Charleroi, Annabel cuisine depuis près de 18 ans pour le Resto du Cœur. Avec ses deux cuisinières, ses commis en article 60 et ses bénévoles, elle sert en moyenne 280 repas par jour. « On ne peut pas se permettre de jeter. Le gaspillage, on l’évite à tout prix ».

Elle sait pourtant que l’avenir sera difficile : « Ma plus grande crainte, c’est qu’un jour, on me dise : “Tu fais 300 repas, il y a 400 personnes dehors. Choisis à qui tu donnes.” ».

Pour elle, cuisiner est aussi une façon de garder le lien : « Notre travail, ce n’est pas juste faire à manger. C’est offrir une bouffée d’humanité à ceux qui n’en ont plus beaucoup ».

Le bénévolat : une force indispensable

Dans leurs témoignages, les trois cheffes insistent : sans bénévoles, rien ne serait possible. Mais elles rappellent aussi que l’engagement n’est pas à prendre à la légère. « Ce n’est pas juste “venir papoter et boire un café”. C’est physique, c’est exigeant » explique Sophie.

Pour Isabelle, le bénévolat procure surtout un immense sentiment d’utilité : « On se sent fier de faire une différence ».

Et Annabel ajoute avec franchise : « Il faut donner sans attendre en retour, ne pas se vexer. Car chaque jour est différent, chaque personne vit une réalité parfois très dure ».

Une passion commune, malgré les incertitudes

À l’occasion de la Journée internationale des cuisiniers, le 20 octobre, Isabelle, Sophie et Annabel nous rappellent que derrière chaque repas servi par les Restos du Cœur, il y a un engagement, une histoire, et surtout une profonde humanité.

Elles partagent aussi un même constat : l’avenir est incertain, avec une demande croissante et des moyens de plus en plus limités. Mais toutes trois gardent espoir grâce à la solidarité des équipes et des bénévoles.

Comme le dit Isabelle : « Il faut que donateurs, bénévoles, citoyens comprennent qu’en agissant ensemble, on est plus fort. Un pour tous, tous pour un. »