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Quand les sources de protéines se font rares : le défi quotidien des Restos du Cœur
Octobre 2026
Cuisiner avec ce que l’on reçoit, modifier un menu au dernier moment, trouver une alternative lorsqu’un produit manque… Dans les cuisines des Restos du Cœur, préparer un repas demande parfois une bonne dose d’adaptation.
À l’occasion de la Journée internationale des cuisiniers, nous avons interrogé plusieurs Restos du Cœur sur une difficulté bien réelle : l’approvisionnement en viande et, plus largement, en sources de protéines.
Une réalité qui pèse à la fois sur les menus, les colis alimentaires et les budgets.
Des approvisionnements difficiles à prévoir
Chaque mois, les 21 Restos du Cœur de Belgique distribuent près de 120.000 repas et colis alimentaires.
Les dons et les invendus récupérés auprès des commerces et partenaires jouent un rôle essentiel dans cet approvisionnement. Mais certaines denrées, notamment la viande, le poisson ou les œufs, sont plus difficiles à obtenir régulièrement et en quantités suffisantes.
La situation n’est pas identique dans chaque Resto du Cœur. À Gembloux, l’approvisionnement est actuellement relativement stable. Au Resto du Cœur de La Louvière, la récupération hebdomadaire d’invendus auprès d’un magasin disposant d’une boucherie permet de maintenir un certain approvisionnement en viande, complété par des achats lorsque les quantités sont insuffisantes. Mais cette source ne suffit pas à résoudre les difficultés d’approvisionnement plus générales : faute de denrées alimentaires en quantité suffisante, le Resto du Cœur de La Louvière a dû supprimer un vendredi de distribution par mois.
Un exemple qui montre que la tension ne concerne pas uniquement une catégorie de produits. Lorsqu’une partie des approvisionnements se raréfie, c’est l’ensemble de l’aide proposée qui peut être affecté.
Acheter davantage… et faire des choix
Au Resto du Cœur de Quiévrain, la perte d’un partenariat a eu un impact particulièrement important : le budget consacré à l’achat de viande et d’autres sources de protéines est passé d’environ 1 000 euros à plus de 4 000 euros en un an.
Au Resto du Cœur de Charleroi, la perte d’une source d’approvisionnement qui représentait environ une tonne de viande a également rendu les achats plus fréquents lorsque les dons ne suffisent pas. Le bœuf et la viande halal restent notamment difficiles à obtenir.
Au Resto du Cœur de Mons, environ 400 euros sont consacrés chaque mois à l’achat de viande ou de volaille, auxquels s’ajoutent les achats d’œufs, de thon ou d’autres alternatives. Mais chaque euro dépensé pour compléter l’apport en protéines ne peut plus être consacré à d’autres produits également nécessaires, comme les fruits frais, les produits laitiers ou les produits d’hygiène.
Le manque ne signifie donc pas toujours une assiette sans protéines. Il se traduit aussi par davantage d’achats et par des arbitrages dans des budgets déjà contraints.
Des menus à réinventer en permanence
Pour les équipes en cuisine, l’incertitude des arrivages complique également la planification.
Au Resto du Cœur de Charleroi, les cheffes de cuisine Aurore et Annabel l’expliquent simplement : « Nous ne savons pas toujours à l’avance quelles denrées nous allons recevoir. »
Les menus doivent donc être construits en fonction des produits disponibles et parfois revus lorsqu’un don arrive avec une date limite de consommation courte.
Au Resto du Cœur de Verviers, l’équipe décrit un véritable « exercice de jonglage quotidien » : prévoir, recevoir, adapter et parfois modifier complètement le repas prévu afin d’utiliser les denrées à temps.
Lorsque la viande vient à manquer, d’autres possibilités sont recherchées. Poisson, œufs, pois chiches, légumineuses, tofu ou repas végétariens permettent, selon les stocks disponibles, de varier les sources de protéines. Le Resto du Cœur de Namur prévoit par exemple au moins un repas végétarien par semaine.
Cette diversification correspond d’ailleurs aux recommandations du Conseil Supérieur de la Santé, qui conseille de varier les sources de protéines et cite notamment les légumineuses, le poisson, les œufs ou encore la volaille comme alternatives.
Mais, là encore, encore faut-il disposer de ces produits en quantité suffisante.
134.000 euros consacrés à l’achat de viande en 2026
Face à ces difficultés, la Fédération des Restos du Cœur de Belgique soutient directement les Restos du Cœur dans leurs achats de viande.
En 2025, 67.000 euros avaient été consacrés à ce soutien. Cette année, ce budget a dû être porté à 134.000 euros.
Il a donc doublé en un an.
Jusqu’en 2024, un financement permettait encore de soutenir ces achats. Sa disparition oblige aujourd’hui la Fédération à mobiliser davantage de moyens pour compenser une partie des manques.
La Journée internationale des cuisiniers est l’occasion de mettre en lumière le travail de celles et ceux qui, chaque jour, font au mieux avec les denrées disponibles.
Leur créativité permet de remplacer un ingrédient, d’imaginer une autre recette, de valoriser un arrivage imprévu ou d’éviter le gaspillage.
Mais elle ne peut pas faire apparaître ce qui manque.
Pour continuer à proposer des repas et des colis aussi variés que possible aux personnes qui poussent la porte d’un Resto du Cœur, disposer d’un approvisionnement suffisamment régulier en différentes sources de protéines reste essentiel.