<< ACTUALITÉS
Nouvelles mesures en vigueur : ce que les Restos du Cœur redoutent sur le terrain
Février 2026
La précarité ne se résume pas à des chiffres. Mais certains chiffres sont sans appel.
En 2025, les Restos du Cœur de Belgique ont distribué 1.569.180 repas et colis alimentaires. Derrière ce chiffre : des familles, des personnes isolées, des travailleurs pauvres, des parcours qui basculent.
Et aujourd’hui, au moment où les besoins restent élevés, les moyens se réduisent.
Un effet ciseau déjà à l’œuvre
En 2026, la Fédération des Restos du Cœur de Belgique devra faire face à une situation particulièrement préoccupante. Le gouvernement fédéral a décidé de réduire de 44 % l’aide alimentaire européenne (FSE+) dont nous bénéficiions.
Cette décision représente une perte indirecte estimée à près de 420.000 € pour l’ensemble de notre réseau, en tenant compte également de la disparition des produits d’hygiène auxquels nous avions accès jusqu’à présent. Une telle diminution de ressources aura un impact direct sur notre capacité à soutenir les personnes les plus vulnérables.
Parallèlement, la réforme des articles 60 modifie profondément les conditions de mise à l’emploi via les CPAS, réduisant leur capacité d’insertion socioprofessionnelle. La question est simple : que deviennent les personnes quand les dispositifs se durcissent et que l’aide recule ?
En ce début d’année, les Restos du Cœur redoutent l’avenir.
Sur le terrain, les premiers signaux apparaissent
Tous les Restos du Cœur n’observent pas les mêmes changements au même rythme. Mais tous s’accordent sur le même constat : il n’y a plus de marge.
Au Resto du Cœur de La Louvière, l’équipe explique ne pas avoir encore assez de recul en ce début d’année. Pourtant, de nouveaux dossiers s’ouvrent déjà.
Et surtout, la capacité d’accueil a ses limites et est plafonnée : le Resto du Cœur de La Louvière indique ne pas pouvoir accompagner plus de 80 familles ni préparer plus de 250 colis alimentaires, et devoir mobiliser une bénévole dédiée aux nouveaux dossiers.
Au Resto du Cœur de Wavre, la crainte est d’être confronté à un choc progressif, qui monte au fil des mois : l’impact lié à la diminution des produits européens offerts qui se ferait sentir davantage plus tard dans l’année et en 2027, et l’effet de la limitation dans le temps du chômage « ira crescendo jusque fin juin ».
Wavre souligne aussi une contrainte immédiate, très concrète : une saturation logistique, avec un manque de place et une chambre froide limitée.
Au Resto du Cœur de Mouscron, l’impact est déjà visible. L’équipe constate une augmentation du nombre de personnes demandant un colis, en particulier des personnes exclues ou sanctionnées dans les dispositifs de chômage ou d’aide sociale.
Et certaines situations sont d’une brutalité frappante :
« Elles viennent avec une lettre officielle qu’elles ne comprennent pas, parfois sans ressources immédiates, parfois en état de choc. »
Quand l’aide ne concerne plus seulement l’alimentaire
Les témoignages montrent aussi une réalité qu’on oublie trop souvent : l’aide alimentaire ne se limite pas à “remplir une assiette”. Elle touche à la dignité, à la santé, à l’accès à l’emploi.
Au Resto du Cœur de Tienen, l’équipe explique : « Nous devons déjà être plus parcimonieux dans la distribution du lait. »
La responsable alerte sur le manque de produits d’hygiène — « des couches et du shampooing/gel douche » — et décrit des effets directs : isolement, difficultés à se présenter à un entretien d’embauche, absences scolaires faute de protections menstruelles.
À ce stade, certains Restos du Cœur, dont celui d’Ostende, ne constatent pas encore d’impact immédiat.
Mais cette diversité n’est pas rassurante : elle peut aussi signifier que l’effet arrive plus tard — quand les stocks baissent, quand les dispositifs produisent leurs conséquences, quand les situations se dégradent.
Ce que cela dit, au fond
Au fil des réponses, une réalité ressort : les Restos du Cœur deviennent plus souvent un lieu de recours immédiat. Parfois, le dernier.
Au Resto du Cœur de La Louvière, l’équipe décrit aussi une tension qui dépasse l’aide alimentaire : des personnes « n’arrivent pas à avoir une écoute dans un service ou un autre et se déchargent chez nous ».
C’est cela aussi, la réalité du terrain : on vient chercher un colis… et on vient chercher un lieu où l’on n’est pas réduit à un dossier.
Affaiblir l’aide alimentaire, ce n’est pas un ajustement technique. C’est faire reculer la solidarité là où elle est la plus nécessaire. Et lorsque les moyens diminuent pendant que les besoins augmentent, ce sont les personnes déjà fragilisées qui paient le prix.
Nous continuerons à porter cette réalité afin de rendre visibles, de manière factuelle, les conséquences concrètes de ces mesures sur le terrain — et d’agir, avec le réseau, pour que le droit à l’alimentation et à la dignité ne devienne pas une variable d’ajustement.
Face à la baisse des moyens, la solidarité devient décisive.
Chacun peut aider à son niveau : en faisant un don, en relayant nos actions, ou en s’engageant à nos côtés.