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Journée mondiale de la santé : quand l’accès aux soins devient un enjeu majeur
Avril 2026
Le 7 avril, la Journée mondiale de la santé rappelle une évidence : se soigner ne devrait jamais être un luxe.
En Belgique, le système de santé reste l’un des plus accessibles en Europe. Pourtant, pour un nombre croissant de personnes, l’accès aux soins devient de plus en plus fragile. Entre augmentation du coût de la vie et évolutions récentes en matière de remboursement des soins et des médicaments, de nombreux ménages doivent aujourd’hui faire des choix difficiles.
Des réformes qui modifient l’accès aux médicaments
Depuis le 1er janvier 2026, plusieurs mesures sont entrées en vigueur et modifient concrètement ce que les patients paient pour leurs médicaments.
Un ticket modérateur minimum a été instauré : les patients doivent désormais payer au moins 1 € par boîte s’ils bénéficient de l’intervention majorée (BIM), et 2 € pour les autres, y compris pour certains médicaments auparavant entièrement remboursés (INAMI, 2026).
Par ailleurs, certains médicaments ont été reclassés dans des catégories moins remboursées, entraînant une augmentation du reste à charge pour les patients (CBIP, 2026 ; Testachats, 2026). Ces mesures devraient permettre de générer plus de 100 millions d’euros d’économies, selon Testachats.
Mais concrètement, cela signifie que même des traitements essentiels représentent désormais un coût, qui peut devenir un frein pour les personnes
Un système protecteur… mais insuffisant
Le système belge prévoit des mécanismes de protection importants, comme l’intervention majorée (BIM) ou le maximum à facturer (MAF), qui limite les dépenses de santé d’un ménage (INAMI).
Certaines mesures récentes renforcent cette protection, notamment l’interdiction des suppléments d’honoraires en ambulatoire pour les bénéficiaires du statut BIM (INAMI, 2025-2026).
Mais ces dispositifs ne compensent pas toujours les effets cumulés de l’augmentation des coûts. Une partie des dépenses reste à charge des patients, via le ticket modérateur.
Un renoncement aux soins bien réel
Les chiffres montrent que l’accès aux soins reste une difficulté importante.
En 2025, près de 3 Belges sur 10 déclarent avoir renoncé à des soins de santé, principalement pour des raisons financières (enquête Listen pour Ethias, 2025).
Dans certaines régions, la situation est encore plus marquée : 41 % des habitants en Wallonie et à Bruxelles déclarent avoir reporté ou renoncé à au moins un soin au cours des 12 derniers mois.
Les soins dentaires figurent parmi les plus concernés, avec des taux de renoncement pouvant atteindre 20 % chez les actifs et plus de 40 % chez les personnes en incapacité de travail.
Les jeunes ne sont pas épargnés : près d’un étudiant sur deux déclare avoir déjà renoncé à au moins un soin (Solidaris, 2025).
Ces données traduisent une réalité préoccupante : pour une part croissante de la population, se soigner implique désormais de faire des arbitrages.
On peut également s’interroger sur les effets à plus long terme de certaines décisions en matière de soins de santé. Des situations qui pourraient être prises en charge rapidement risquent de s’aggraver si l’accès aux soins est retardé. À terme, cela peut entraîner des conséquences humaines plus lourdes et, paradoxalement, des coûts plus importants pour la collectivité.
Garantir un accès réel aux soins
Aux Restos du Cœur, l’aide aux soins de santé fait partie intégrante de nos actions, aux côtés de l’aide alimentaire, du logement et de l’éducation.
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, il est essentiel de rappeler que l’accès aux soins ne se limite pas à l’existence d’un système de remboursement. Il suppose que chacun puisse, concrètement, consulter un médecin, acheter ses médicaments et suivre un traitement.
Dans un contexte où les réformes visent à maîtriser les dépenses publiques, il est indispensable de veiller à ce que les personnes en situation de précarité ne soient pas les premières à renoncer aux soins.
Car se soigner ne devrait jamais être une variable d’ajustement.