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Être assistant.e social.e (AS) aux Restos du Cœur : un métier pivot dans la lutte contre la précarité
Mai 2025
Face à une précarité qui se diversifie et s’intensifie, les Restos du Cœur de Belgique ne se limitent pas à n’offrir qu’une aide alimentaire. Chaque jour, leurs équipes assurent un accompagnement humain et structurel, au cœur duquel les AS jouent un rôle essentiel. À travers leurs missions, se révèlent la diversité des parcours de vie marqués par la pauvreté… mais aussi les nombreuses pistes d’action pour répondre aux besoins, redonner confiance et soutenir les personnes dans la durée.
Un métier à la croisée de l’écoute, de l’analyse et de l’action
Le rôle de l’AS au sein des Restos du Cœur est d’assurer une mission multidimensionnelle : accueillir, évaluer, orienter, accompagner, soutenir… souvent tout cela à la fois. Mais plus encore, il/elle incarne un lien humain et constant dans un parcours souvent marqué par la rupture ou l’instabilité.
Ce travail commence dès le premier entretien : "On touche à un besoin primaire : se nourrir. Il faut que cet accueil soit respectueux, confidentiel, qu’il mette la personne en confiance", explique Géraldine, assistante sociale au Resto du Cœur de Mons.
Au Resto du Cœur de Mouscron, Margaux aborde chaque bénéficiaire avec une même question, simple mais fondatrice : « Comment allez-vous ? »
Un suivi hebdomadaire, gage de continuité et d’efficacité
La spécificité des Restos du Cœur en Belgique, c’est la régularité du lien : un contact hebdomadaire avec les bénéficiaires. "Même s’ils ne viennent pas pour un entretien, on se croise", explique Géraldine. Cette proximité permet une réelle continuité dans l’accompagnement et une capacité à agir rapidement.
Des missions sociales concrètes au quotidien
Le quotidien des AS est ponctué de multiples actions :
- Lecture et explication de courriers administratifs,
- Appels téléphoniques, rédaction de courriels,
- Aide à la constitution de dossiers,
- Analyse budgétaire, orientation vers les aides sociales (CPAS, mutuelle, Forem, etc.),
- Soutien psychologique de première ligne,
- Interventions d’urgence ou signalements de situations préoccupantes.
Un public aux profils diversifiés
Les bénéficiaires des Restos du Cœur sont loin des stéréotypes. "On accueille un concentré sociétal : de 18 à 85 ans, avec ou sans diplôme, de nationalité Belge, de l’Union Européenne ou non-Union Européenne ", explique Margaux. Géraldine ajoute : "Beaucoup avaient une vie stable avant. Une séparation, un accident, une faillite… et tout bascule."
L’augmentation des profils “travailleurs pauvres”, des personnes âgées isolées ou encore des jeunes en rupture est marquante. Les difficultés sont souvent entremêlées : logement, santé mentale, surendettement, isolement, parcours migratoires complexes, violences intrafamiliales…
Un travail de réseau indispensable… mais sous tension
En Belgique, les AS collaborent avec un large réseau : CPAS, maisons médicales, médiateurs de dettes agréés, centres de santé mentale, ONE… Mais elles sont souvent seules à exercer au sein de leur centre. "On est deux salariées pour 70 bénévoles. Sans eux, on ne pourrait pas fonctionner", témoigne Géraldine.
Ce modèle solidaire, bien qu’efficace, interroge. "Si les bénévoles n’étaient pas là, qui prendrait le relais ? C’est toute une partie de l’aide sociale qui repose sur eux."
Des projets freinés par le manque de moyens
L’accompagnement pourrait aller plus loin, mais les moyens humains, matériels et financiers manquent. "On rêverait d’avoir un local pour des ateliers mamans-enfants, des permanences juridiques, ou des activités collectives. Mais on manque de place et de fonds”, explique Géraldine.
Un rôle central dans la mission des Restos
Loin d’être un complément à l’aide alimentaire, le travail des assistantes sociales en est le prolongement nécessaire. Leur accompagnement permet de mettre des mots sur des situations parfois tues ou mal comprises "Personne n’est à l’abri. Ça peut arriver à tout le monde de devoir pousser la porte d’une association comme la nôtre", rappelle Géraldine.